Moroccan Graffiti
Thami Benkirane, Maroc
13 janvier 2026
Dans un premier temps, mon travail sur le graffiti avait été volontairement limité aux supports végétaux.
Ce mode d’expression s’inscrivait sur le bambou, l’agave, le figuier, le tronc du platane, du tremble, du micocoulier, de l’eucalyptus…etc.
Dès le départ, j’ai opéré exclusivement en couleur sur film inversible. Cela se justifiait par le fait que, contrairement au mur (surface plane et souvent monochrome), un tronc d’arbre constitue un support vivant à la texture variée et qui présente une palette très riche au chromatisme prononcé et surprenant. De surcroit, un arbre demeure une créature qui se développe et qui réagit à l’incision. De ce fait, chaque essence d’arbre possède, comme une signature, sa propre manière de cicatriser. Certains arbres à l’instar de l’eucalyptus vont jusqu’à générer une couleur particulière qui cerne et souligne de jaune les pourtours du graffiti gravé dans la matière végétale.
Il est possible de gagner dans la compréhension des tenants et des aboutissants de cette démarche en ouvrant ce lien.
Dans un second temps, j’ai changé de démarche en recourant à la surimpression et en élargissant mon approche du graffiti au contexte urbain.
Plusieurs photographies partagées ici se fondent sur l’esthétique de la « troisième image ». Celle qui résulte, lors d’un diaporama, de la projection en fondu enchaîné de deux images. Techniquement, cette écriture photographique qui évoque le palimpseste repose sur la superposition d’images directement à la prise de vue sur film argentique.
J’ai souvent éprouvé un attachement sensible et sensuel à la matière rebut, aux graffitis oblitérés ou tenaces, aux fragments d’affiches lacérées, à la rouille, au délabrement des murs, à la ruine… et à tout ce qui révèle l’implacable travail d’érosion du temps.
Cette alchimie coloriste, plastique et manifestement maniériste de la troisième image donne lieu à des rencontres formelles et graphiques dont le décalage par rapport à la réalité bouleverse notre sensibilité visuelle habituelle.